
je suis en prison. Il y a des barreaux à ma fenêtre. On me dit que c'est pour filtrer la lumière mais je n'y crois pas. J'ai peur. Certains ont peur des autres là dehors mais moi j'ai peur de rester à l'intérieur. Je suis paralysée. Plus envie de faire des projets. Qu'on me laisse respirer. Et qu'on ne me laisse plus boire.
J'ai soif. Soif de toi qui n'existe pas. soif de l'autre là-bas. Pas ici. Pas là. Laissez moi.
j'ai froid
notes du jour
"Ensuite, elle rentrait, essayait des robes pour décider de laquelle elle mettrait ce soir, et alors elle se regardait dans la glace, se régalait d'être admirée par lui ce soir, prenait des attitudes divines, imaginait qu'elle était lui la regardant, afin de se représenter ce qu'il penserait vraiment de cette robe. Dites, vous m'aimez? lui demandait-elle devant la glace, et elle lui faisait une moue adorable, hélas gaspillée.
(...) Un après-midi, elle enfila une robe de toile écrue, boutonnée devant sur toute la longueur, ferma les volets. Dans la pénombre succulente, elle déboutonna sa robe jusqu'à mi-corps, en agita les pans comme des ailes et déambula, se racontant qu'elle était la Victoire de Samothrace. Ma chérie, tu me plais follement, dit-elle à la glace.
(...) Ensuite, c'était la grande importance de s'habiller, avec ses angoisses. Ne valait-il pas mieux mettre cette autre robe, l'austère plissée, ou plutôt non, la rouge, si seyante dans cet éclairage atténué? Mais soudain surgissait la certitude que ce soir elle ne se sentirait bien que dans le petit ensemble tussor. Eh oui, un vêtement aussi c'était un état d'âme, et d'ailleurs l'autre jour il avait aimé cet ensemble, et puis ainsi elle pourrait mettre une blouse, une blouse c'était plus commode si, et on n'avait qu'à, tandis qu'avec la robe plissée si montante et qui se boutonnait dans le dos, l'idiote, c'était toute une histoire si, tandis qu'avec une blouse c'était tout simple si, et bref, les blouses ça se déboutonnait devant.
Oh, j'adore quand, quand il, oui, me les baise longtemps, longtemps, moi fondue, eh bien vous autres, les autres, on ne vous en fait pas autant? et si on ne vous en fait pas autant tant pis pour vous, bisquez et ragez, moi j'adore ça, oui donc tandis qu'avec une robe qui ne se déboutonne que juste un peu dans le dos c'est gênant, il faut l'enlever, et même c'est moi qui dois l'enlever, ça fait genre chez le médecin, moi toute rouge de confusion, tandis qu'une blouse ou enfin un chemisier, je n'ai jamais su la différence, il déboutonne sans trop que je m'en aperçoive, c'est plus convenable, surtout s'il n'y a pas trop de lumière, mais tout de même si Tantlérie me, en somme je me vautre dans la féminité, tant pis, c'est comme ça."
Albert Cohen, "Belle du seigneur"
tas de fripes

"en 1993, dans l'espace du quai de la gare, il avait disposé un stock de vêtements usagés et il proposait aux visiteurs d'en choisir et de les acheter à prix très bas. On leur donnait un sac en plastique qu'ils pouvaient remplir. Ils avaient donc le choix : se faire collectionneur d'art et garder les vêtements dans le sac (où était écrit "Christian Boltanski, dispersion") ou tout simplement utiliser et porter les vêtements qu'ils avaient essayés et choisis. L'exposition a duré deux mois et ils ont écoulé comme ça trois à quatre tonnes de vêtements. Dispersion, recyclage, renaissance... On était libre de vivre ça comme on voulait. Il n'y avait d'ailleurs pas eu de vrai carton pour le vernissage. Juste un papier indiquant qu'à partir de telle date on pouvait venir chercher des vêtements etc. Les puristes ou spécialistes de l'art pour l'art avaient un peu tiqué, et cela avait désorienté un peu ceux qui voulaient absolument "comprendre"..."
" Il a recommencé de telles "dispersions" plusieurs fois après, à New-York dans une église protestante de Harlem, dans le hall de la gare de Grand central (où il avait mis en scène une sorte de bureau des objets trouvés avec les vrais objets trouvés dans cette gare ! les gens pouvaient ainsi les récupérer...), aussi à la Haus Der Kunst de Munich. Tous les objets trouvés avaient été reproduits dans un journal, et les gens sont venus les chercher. A la fin, les objets qui restaient, qui n'avaient pas été réclamés, ont été vendus en bonne et due forme, aux enchères."
(www.jcbourdais.net/journal2010/04fevr10.php)
Je me suis intéressée au travail de Boltanski, et particulièrement aux dispersions, car cela me semble proche de ce que je tente d'exprimer quand j'explique que je voudrais déplacer mon travail à la boutique dans le champ de l'art, ou plutôt dire que c'est la même chose. Je veux dire que la notion de recyclage, de seconde vie, le côté social de la chose aussi (permettre à des femmes de céder au plaisir de la fascination pour les marques et l'image mais à un prix modique et en toute conscience, inutile de verser un mois de salaire pour correspondre à l'image que la société de consommation attend de nous), bref vivre ce commerce comme un concept pas uniquement commercial mais aussi artistique, c'est un peu là où je voulais en venir, et je ne pouvais faire impasse sur l'oeuvre de Boltanski, qui du reste m'intéresse sur bien d'autres plans.
la "petite" dernière

Comme beaucoup d'autres celle-ci était bien partie, puis je l'ai "perdue" en route. Lorsque je peints il me semble que j'approche quelque-chose, parfois même j'y suis et je suis presque en transe, mais c'est fragile et il suffit d'un coup de pinceau et la magie disparaît. Oui bien sûr celle-ci fait deux mètres de haut, et il en est même pour la trouver jolie... Non je ne renie pas mon travail mais je reste insatisfaite et je sens qu'il faut que j'insiste. A ceux qui pensent que je fais de la peinture au km je réponds juste que je cherche quelque-chose, et qu'il n'y a qu'en essayant encore et encore que je trouverai. " C'est en forgeant qu'on devient forgeron " nous serinait mon père quand nous ne voulions pas aller à l'école... c'est peut-être un des rares trucs qu'il m'ait dit qui ne soit pas une connerie...
Sang neuf
La semaine dernière ma tension était au plus bas et les bilans sanguins demandés par mon médecin en conséquence de la chose se sont révélés bien pourris sur le plan hépathique. Je me suis donc vue prescrire de nouvelles analyses pour cette fin de semaine afin de voir d'où venait ce dérèglement et de vérifier que je ne sois pas atteinte d'une de ces maladies qui vous bouffent le foie... inutile de décrire ici mon humeur morose et mon peu d'envie de faire pour l'instant de sérieux projets pour les années futures. Que deviendrai je en effet si mon corps se dégrade, si on m'interdit désormais de "tirer sur la corde" et si on m'empêche, après avoir lâché la clope, réduit le café, de me régénérer de temps en temps avec quelques verres de rouge?
A l'image de Mathilde qui peint des carrés de peau affectés, et sans même y prendre garde, je me suis mise à peindre des femmes à la peau verte. Ce que je prenais pour l'expression d'un signe clinique d'une société dans son ensemble était peut-être aussi une inquiétude toute personnelle concernant mon propre corps...
Hier matin je suis retournée me faire sucer le sang... et j'ai su hier soir que je n'étais atteinte d'aucune de ces maladies "couperet" et que mes transaminases étaient de retour dans les normes. Bien sur il y a encore une ou deux petites choses qui déconnent, et je vais devoir surveiller ma tension et cet état de fatigue générale. Je ne peux que me réjouir de cette fausse alerte, et prendre cette semaine de"purgatoire" du bon côté, comme une mise en garde qui m'incite à prendre un peu soin de ma santé et à écouter ce corps qui se plaint quelquefois de mon rythme soutenu.
Je me suis réveillée ce matin avec une pêche terrible et l'envie de faire peau neuve. Cela se fera par l'intermédiaire de ce blog qui avait, lui aussi, désespérément besoin de sang neuf...
projet vidéo
on se détend...
Cette vidéo fait partie d'un ensemble de pièces que je suis en train de collecter en vue d'une installation composée de plusieurs moniteurs où seront diffusés en même temps sur des postes de télévision vieillots des images d '"archive", pubs ou morceaux de films, certains montés, d'autres non et des vidéos de production personnelle. Quelque soient leurs origines ces pièces ont pour moi le même statut, elles sont des recherches de "matière" visuelle qui forment partie de mon atlas mais qui forment aussi dans un ensemble une partie de mon travail lui-même.
bas nylon, suite



ça commence à grimacer, ce qui n'est pas pour me déplaire...
mes livres
De toutes mes addictions non combattues et avouées à ce jour je pourrais vous parler des livres. Livres de poche (des folios adorés à ceux à tranches polluées et couvertures douteuses), éditions diverses (nrf je vous aime), livres d'art, livres d'artistes, catalogues et magazines spécialisés... ils sont là ils m'entourent et me rassurent. Oui c'est une addiction douteuse car rarement je les ouvre. Il me les faut, il faut qu'ils soient à moi et que je les touche - si je veux - quand je veux- et pourtant il est si rare que je me penche sur eux. J'ai pour eux l'affection d'une mère démissionnaire, évidente mais distraite...
Pourtant certains jours pas comme les autres me vient l'idée de les regarder. Alors je réalise que je leur dois un peu de mon temps. Que s'ils sont là avec moi c'est que je les ai choisis ou qu'ils ont une histoire et que la moindre des choses serait d'arrêter de les ignorer. Pourquoi toujours courir après d'autres alors que les miens n'attendent que moi? Ce goût des livres est à l'image de mon goût pour la vie: toujours en fuite vers un après qui ne pourra être que meilleur... Mais pourquoi fuir encore? Aujourd'hui n'est pas si mal finalement alors je prends le temps de souffler, et d'enfin (re?)découvrir mes compagnons silencieux.
Surprise j'en retrouve certains que je croyais perdus j'en découvre d'autres que j'avais réellement oubliés me vient l'envie de les classer:
et si c'était ici que mon atlas commençait?
les bas nylon ou point d'étape

Parmi mes recherches il y a des pistes qui m'emmènent du côté de la femme et du vêtement, et ce qui m'intéresse c'est de voir comment le vêtement féminin se démocratise (fabrication en série, évolution des matières, recherche du confort et de l'aisance) et évolue en même temps que la femme s'émancipe dans notre société. La mode suit cette évolution et s'adapte aux nouveaux besoins. Pourtant l'image de la femme change elle aussi et en gagnant en liberté n'a-t-elle pas perdu une sorte d'aura, la libérer de certaines entraves ne lui a-t-elle pas enlevé ce qui faisait sa force à un niveau iconographique et presque sacré?
Pour me pencher de plus près sur cette question je voudrais me tourner du côté du cinéma qui est né à peu près en même temps que la "femme" a commencé son émancipation. Relever des scènes ou l'image du vêtement est indubitablement liée à celle de la féminité qu'elle suggère, et voir comment cela évolue. La période phare qui m'intéresse est celle des années 60/70.
Je lie ça aussi aux images mentales évoquées dans des domaines plastiques mais aussi en littérature. Ce que peut éveiller en effet la simple idée du manteau, ou l'évocation de la robe rouge, deux détails sur lesquels j'ai eu envie d'orienter mes recherches.
Autre image forte liée à la féminité et au vêtement: les dessous, et en particulier le nylon qui passe du bas au collant et schématise pour moi au plus fort cette idée de gain en liberté et confort mais cette perte d'aura. Je voudrais faire une série de toiles peintes à partir de photos ou de films qui partiraient des années 40 jusqu'à nos jours. Je voudrais diversifier le traitement, ou plutôt la technique, de manière à faire ressortir une certaine nostalgie (réelle ou non), un côté désuet dans les premières toiles pour arriver à un traitement plus trash de l'image de la femme dans une société "porno marchande" telle qu'elle est évoquée par certaines féministes.
week-end noir et blanc et rouge
Gaston Bachelard, "la psychanalyse du feu"
robe rouge et manteau pourpre
"Me voici! enveloppe moi dans des fleuves de lave ardente, presse moi dans tes bras de feu, comme un amant presse sa fiancée. J'ai mis le manteau rouge. Je me suis paré de tes couleurs. Revêts aussi ta brûlante robe de pourpre. Couvre tes flancs de ces plis éclatants. Etna, viens Etna! brise des portes de basalte, vomis le bitume et le soufre. Vomis la pierre, le métal et le feu!..." G.Sand, "histoire du rêveur".
une expo en noir et blanc
"tournée", Mathieu Amalric
"l'important c'est d'aimer", Andrzej Zulawski
j'ai enlevé ta main de sur mon ventre et pourtant je voudrais qu'elle y soit toujours.
Le gris du béton et le gris du ciel. Les objets, les livres, les vêtements et les vieilles chaussures étalés sur le sol. Ces quelques mots de Gainsbourg qui hantent ma tête et mes lèvres.
"je t'aime et je crains
de m'égarer
je jette des grains
de pavot sur le pavé"
DEMAIN L AMOUR
Je marche vite. Le vent se lève et les camelots se pressent de remballer. Classique "brouillarta". Il n'y a plus rien à chiner je suis arrivée trop tard je ne le regrette pas. Les yeux vissés au sol je marche à tue tête. Je m'arrête sur le stand d'un bouquiniste qui croit que j'ai oublié quelque-chose. Non je viens d'arriver je lui dit. Je m'attarde sur un livre au milieu des autres. Couverture désuète et attirante. Lettres typo et manuscrites. Il m'appelle, je le veux. Pourquoi 5 euros pour celui-là qui ne paie pas de mine? C'est moi qui fixe les prix, pour toute réponse. C'est pour lire dans le train, en fouillant dans mes poches. C'est pour lire dans le train alors je vous l'offre. Je suis un peu gênée mais le cadeau est si beau dans son désintérêt et si "celui que je voulais".
Merci. Merci à toi, merci à lui.
"-Dis! Si on s'aimait? Pas ici- Non! Pas dans cette tanière. On pourrait... comme au ciné- c'est ça! Avec plein de couleurs, de magnolias, un frisson de musique. Je mettrais ma robe rouge. On s'aimerait fort, très fort."
"J'ai mis ma robe rouge. Elle est froissée. Tant pis! Il ne pleut plus. J'ai marché. Un soleil doux, comme un rêve. J'en ai rêvé à chaque pas."
"Et la coupe, n'a-t-elle pas du chien? Et les coloris? parlons en! Quant aux nouveautés- Ouaïe! Ma robe est de plus en plus froissée, et le rouge de moins en moins rouge. Arrête! je vais craquer."
"De la grosse pierre blanche, blanche même quand il pleut, vieille comme au moins deux vies. Tout contre, bien alignés, des géraniums en pagaille, rouges, encore plus rouges que ma robe."
Madeleine Vissière, "Café clair sans sucre ni faïence".
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